
Nos puissantes amitiés
Des liens politiques, des lieux de résistance.
On aime à se dire qu’elle est essentielle. Mais, en réalité, l’amitié est souvent raillée, considérée comme futile ou invisibilisée. Dans les films, les livres, les imaginaires et les récits que l’on fait de nos parcours, elle passe presque toujours à l’arrière-plan : la jeunesse terminée, elle devrait s’éclipser au profit du couple et de la famille. Elle est ce lien que l’on sacrifie volontiers les années passant, quitte à abandonner une petite part de soi avec. Mais pourquoi le couple romantique représenterait-il l’unique façon de cheminer avec d’autres dans l’existence ?
Depuis quelques années, de plus en plus de personnes décident de revendiquer leurs amitiés et de s’engager pleinement dans ces relations. Elles y découvrent des lieux de joie, mais aussi de solidarité et de résistance face aux aliénations du système patriarcal, capitaliste et dans une période de grande incertitude écologique. Hétéros ou queers, entre femmes, entre hommes ou dans des groupes mixtes, elles et ils sont nombreux à réinventer, entre ami.es, des manières de militer, d’habiter, de consommer, de faire famille, de vieillir ensemble et, finalement, de prendre soin les un.es des autres.
Mobilisant de nombreux entretiens, des références culturelles, des études sociologiques aussi bien que des textes philosophiques, Alice Raybaud montre que l’amitié porte une dimension libératrice puissante, qu’elle peut être une force de dissidence et d’émancipation. Elle appelle ainsi à réinventer ce lien, intime et politique, et à remettre nos amitiés au centre de nos vies.
Nos solitudes
Déjouer les politiques de l’isolement.
Après le succès en librairie de Nos puissantes amitiés, Alice Raybaud poursuit son exploration des ressorts de notre organisation sociale et intime, en invitant à politiser le sentiment grandissant de solitude. Dans ce nouvel ouvrage, elle appelle à déjouer la mécanique des politiques de l’isolement et leur oppose une politique du lien, seule à même d’offrir les espaces de réparation dont nos sociétés ont besoin.
Elle est silencieuse, la plupart du temps invisible. Une vague de solitude grandit dans le monde, et en particulier dans les sociétés occidentales. Nos liens décroissent. Nous nous sentons isolé·es les un·es des autres. Même quand nous sommes physiquement entouré·es, la sensation de ne pas être vraiment vu·es ni entendu·es s’étend. Quoique souvent envisagée comme un affect personnel, la solitude se révèle une condition partagée, inhérente à nos structures néolibérales.
Mêlant sociologie, urbanisme, anthropologie, économie, philosophie et témoignages recueillis par l’autrice, cette enquête décortique de manière accessible ce qui a mené à ce mal du siècle. Dans les médias et les rapports publics, la responsabilité de cette explosion est régulièrement reportée sur les individus. Nous serions trop égoïstes, accros aux écrans, volages, incapables d’engagement. Mais l’avènement de cette société de la solitude est avant tout le produit d’un vaste démantèlement : érosion des espaces publics, fermeture des petits commerces, progression de la précarité, idéologies d’exclusion et d’abandon, anéantissement des collectifs de travail… Les politiques familiales, du logement, mais aussi de l’éducation, qui portent des valeurs de réussite individuelle, fabriquent également de l’isolement.
Et les conséquences sont dévastatrices. La solitude a de sérieux effets sur notre santé psychique, mais aussi physique – elle augmente les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète, de cancers, de pensées suicidaires. Mais elle est peut-être d’abord une menace pour la santé démocratique de nos sociétés. C’est l’alerte adressée par Alice Raybaud dans cet ouvrage, qui nous invite à une politisation de la solitude.
Car certaines forces n’ont pas intérêt à arrêter la machine : la solitude constitue désormais une juteuse part de marché – des applications nous proposent de louer des ami·es ou de trouver dans des chatbots l’affection dont nous manquons – et elle n’est pas non plus étrangère à la montée des extrêmes droites. Les mouvements fascisants et violents font de notre atomisation collective un carburant. Nous les avons laissés capitaliser sur le sentiment de ne pouvoir se reposer sur personne – et de devoir se méfier de tous.
Alice Raybaud est journaliste au Monde, pour lequel elle documente les jeunesses. Elle est l’autrice de Nos puissantes amitiés (La Découverte, 2024).
Calendrier
Covoiturage
Partenaires
Avec la MGEN, la CASDEN et la Banque Populaire.
Autour de la rencontre
La soirée continue!
Possibilité de restauration au bar de l’Estive avec notre traiteur L’Escale.
Suivi du spectacle Les petites filles modernes (titre provisoire) de Joël Pommerat – Tarif Bleu.





